Kevin Rolland aux JO de Sochi 2014 (AFP PHOTO / FRANCK FIFE

Kevin Rolland : « Je veux remporter l’or olympique » (interview)

A 28 ans, Kevin Rolland compte bien remporter l’or aux Jeux Olympiques 2018 !

Il est LA star du ski freestyle français, et son palmarès parle pour lui. Triple vainqueur des mythiques Winter X Games d’Aspen en 2010, 2011 et 2016, médaillé de bronze aux Jeux Olympiques 2014, Kevin Rolland s’apprête à vivre un hiver haut en couleurs. Le Plagnard de 28 ans participera en effet fin janvier aux « X » 2018, avant de mettre le cap vers Pyeongchang pour de nouveaux Jeux d’hiver. Deux échéances ultra-importantes pour Kevin Rolland, le surdoué du halfpipe, qui aura à cœur de décrocher de nouvelles médailles sur ces compétitions XXL. Le Mag’ d’Adrenaline Hunter, qui avait dressé le 6 décembre le portrait de Kevin Rolland, a eu le privilège de s’entretenir une trentaine de minutes avec lui, jeudi 14 décembre, veille de sa finale sur le Dew Tour de Breckenridge. Humble, passionné et passionnant, le freestyleur français s’est livré pleinement sur ses passions, ses objectifs, sa vision de son sport, ses goûts musicaux (il est ambassadeur Beats by Dre)… Interview d’un sacré champion !

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-Kevin, comment abordes-tu cette saison olympique ?

Au moment où l’on se parle, je suis en pleine compétition sur le Dew Tour, l’une des premières grosses étapes de la saison depuis des années. Je me suis qualifié pour la finale qui aura lieu demain (vendredi 15 décembre, ndlr), il y aura tous les meilleurs skieurs… C’est une année olympique, on voit que tout le monde est prêt, tout le monde maîtrise ses runs, je pense qu’on va assister à une super belle finale (Kevin Rolland s’est classé 3e de la finale, derrière Alexander Ferreira et Aaron Bluck, tandis que Marie Martinod a fini deuxième chez les femmes, ndlr) !
Cette année, je ne vise pas forcément le classement général de la Coupe du monde, car je me concentre sur certaines épreuves, en l’occurrence les X Games et les J.O. qui sont à mes yeux deux étapes phares de cet hiver 2018. J’ai forcément envie de réussir mes autres compétitions, mais elles seront plutôt une sorte d’entraînement pour ces deux objectifs.

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-Comment prépares-tu ces échéances ?

Cela se prépare beaucoup l’été, sur des gros airbags, des gros coussins d’air. C’est en partie pour cela que l’on est partis en Nouvelle-Zélande. On s’est également entraîné aux Deux Alpes, on a fait beaucoup de préparation physique… Les nouveaux tricks, ceux que l’on réalise pour surprendre, se bossent l’été. Je suis membre du Freeski Project, dans notre groupe il y a Marie (Martinod), Thomas Krief, Tess Ledeux, Antoine Adelisse et il y avait Ben Valentin qui s’est malheureusement fait un ligament croisé il y a 3 ou 4 jours (le 8 décembre sur l’étape de Coupe du monde de Copper Mountain, le Plagnard est forfait pour les JO 2018, ndlr). Ca a été un gros coup dur pour le team ! Notre coach est Greg Guenet, Bertrand Agelou est notre kiné, Chris Taylor est notre ski tech et Romain Hurtault, notre préparateur physique.

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-Que peux-tu nous dire sur tes nouveaux tricks ?

Ce que je peux dire, c’est que j’en ai un (rires), je ne le maîtrise pas encore à la perfection donc je ne le dévoile pas pour l’instant. C’est aussi stratégique, je ne veux pas tout donner dés le début de saison et que les gens se lassent… Je veux créer la surprise, c’est l’objectif de tout le monde, l’objectif ultime. Je veux créer un programme inédit pour les Jeux Olympiques.

Kevin Rolland star du ski freestyle

Kevin Rolland star du ski freestyle

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-Y a t-il d’autres sports qui t’aident dans ta préparation ?

Ma petite touche originale, c’est l’apnée, que j’utilise pour ma préparation physique. C’est ma deuxième passion, j’ai découvert que cela me faisait du bien mentalement. Quand tu es sous l’eau et que tu essaies de descendre dans les profondeurs, dans un lieu angoissant qu’il faut malgré tout essayer d’apprivoiser en étant privé d’oxygène… Eh bien, j’ai l’impression que cela me muscle un peu le mental. Mon record est d’être descendu à 55 mètres, je tiens 5 minutes 15 sous l’eau.

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-Qu’est ce que ça te fait de représenter la France aux JO pour le ski freestyle ?

C’est excitant je trouve, on se sent beaucoup plus investi que lors des autres jours classiques de compétition. Que tu fasses du ski halfpipe, du 100m haies ou du curling, la finalité c’est que tu représentes ta nation, ton drapeau. Dans la vie en général, je ne suis pas un grand patriote, j’aime la France mais je ne le montre pas spécialement. Aux Jeux Olympiques, on a envie de le montrer, envie de porter le drapeau, c’est ce qui unit tout le monde.

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Kevin Rolland, 3e des JO de Sochi 2014

Kevin Rolland, 3e des JO de Sochi 2014

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-Ton objectif est clairement de repartir avec l’or à Pyeongchang c’est ça ?

Forcément, l’objectif est de remporter l’or, après je sais que ça sera difficile, rien n’arrive comme cela… Il y a énormément de concurrence et on la veut tous, cette médaille d’or ! D’autant plus que cette année, contrairement à Sochi où l’on avait déjà une bonne idée du nom du champion olympique (l’épreuve olympique de ski halfpipe a été remportée par David Wise, ndlr), c’est un peu différent. Je pense que le niveau est tellement élevé que c’est très ouvert. Pour la finale du Dew Tour de demain, on aurait du mal à dire qui va gagner… Il y en a peut-être six ou sept qui en sont capables. C’est rare et je pense que ça va être le scénario des Jeux Olympiques. D’un côté c’est cool car on va avoir de la bataille, des belles compétitions, cela va être agréable à regarder, mais cela va être encore plus dur de gagner la médaille d’or !

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-Le niveau a donc vraiment augmenté en halfpipe / superpipe ?

Oui, le niveau général a vraiment augmenté, beaucoup de têtes d’affiches ont des nouvelles figures. Certains les maîtrisent déjà, d’autres ne les maîtrisent pas encore à 100% comme c’est mon cas (rires). Je pense qu’on va avoir un beau spectacle, un beau show, je suis excité car j’aime gagner dans les compétitions très relevées, où l’on ne sait pas qui va l’emporter…
Les Jeux, c’est une compète bizarre. A Sochi, rien ne s’est déroulé comme prévu. Je m’attendais à faire la plus grosse compétition de ma carrière, avec le plus d’adversité… Au final, je me suis retrouvé à faire des runs que je réalisais déjà il y a 6 ans ! Il y a eu une tempête de neige, cela ne glissait pas du tout… Je n’ai pu placer aucune des figures que j’avais prévu de placer, tous mes plans ont été compromis. Du coup j’ai du m’adapter aux conditions, comme tout le monde, mais ce n’était pas le scénario prévu. J’étais très content de gagner une médaille de bronze, alors que mon objectif initial était de remporter l’or ! Mais ce jour-là, j’ai gagné une médaillé de bronze et non pas perdu une médaille d’or… 50% de nos compétitions se caractérisent par de l’adaptation. Parfois tu t’attends à un pipe parfait et tu te retrouves avec un pipe pourri, qui est lent, mais il faut quand même faire la compétition et la gagner. C’est ce que j’aime le moins dans notre sport, mais ça fait partie du sport.

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-D’après toi, quel est le détail qui va te permettre de gagner les Jeux Olympiques ?

Le détail, c’en est un gros : arriver à poser mon nouveau tricks à la perfection, avec de la hauteur, il faut que j’arrive à le maîtriser à 100% avant cette échéance. C’est aujourd’hui la seule chose qui peut me permettre de gagner les JO.

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-Tu vas tester ce nouveau tricks avant en compète ou le réserver pour les Jeux ?

Ca serait possible de faire ça mais cela serait très dangereux, parce qu’il y aurait moins de chances de le poser. Il faut que je pratique, que je le répète, que j’en bouffe et pour ça il faut que je le fasse en compétition avant les Jeux.

Kevin Rolland, ambassadeur Beats by Dre

Kevin Rolland, ambassadeur Beats by Dre

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-Tu es ambassadeur Beats by Dre. As-tu une musique qui t’inspire pendant tes entraînements et sessions ?

Oui j’écoute beaucoup de musique en compétition, cela me permet de me mettre dans ma bulle. Cela me fait aussi déstresser, mais pour cela il faut que j’écoute un certain type de musique, en l’occurrence du rap. J’écoute énormément de rap américain, et du rap français. J’écoute deux-trois artistes français mais je les écoute beaucoup ! En ce moment, j’écoute pas mal de chansons de Booba, Damso, Nekfeu…

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-As-tu un rituel pré-compétition, écouter telle musique à tel moment ?

Un peu, il y a une petite part de superstition. Quand j’écoute des musique qui ont bien marché sur des compétitions, j’aime bien les réécouter, jusqu’à ce que ça ne marche plus et alors je change ! Mais par contre, je sens les bienfaits de la musique. Je suis quelqu’un de super stressé, de super nerveux, j’ai peur comme tout être humain. Le fait d’écouter de la musique avant un run, en l’occurrence du rap un peu agressif, « m’énerve » et m’aide à tenir debout.

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-L’apnée, c’est un peu l’inverse de cette musique qui t’énerve, comment gères-tu cela  ?

J’aime bien les extrêmes ! Je n’écoute pas du rap avant de plonger (rires). C’est difficile d’expliquer les sensations que je ressens quand je plonge. Comme tu dis, c’est vrai que c’est l’inverse de ce que je ressens quand je skie. En ski, j’ai besoin de me sentir énervé, fort, puissant, c’est pour ça que j’écoute des chansons comme ça avec des beats un peu sombres, avec des grosses basses… En apnée, c’est vrai que c’est l’inverse, mais je ne saurais pas te dire pourquoi ! Tu peux être énervé 100% du temps et être en mode gangster, mais parfois cela fait du bien de se reposer… Cela me régénère de faire de l’apnée !

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-Comment fais-tu pour lier le ski, qui est ta « vie », et ta passion de l’apnée ?

C’est dur, l’été je m’entraîne beaucoup, donc après une séance de cardio c’est compliqué d’aller plonger. Dés que j’ai un peu de temps, j’essaie d’y aller, notamment quand je suis en vacances. Récemment, j’ai fait un truc un peu drôle : une marque de cosmétiques japonaise, Shiseido, m’a demandé de réaliser une publicité pour leur crème hydratante. Vu que j’aime bien le ski et l’apnée, nous avons fait une vidéo en ski sous l’eau, où l’on mixait des images sur un half-pipe et des images sous l’eau. Cela m’a fait vraiment délirer de faire ça, me retrouver en tenue de ski par 10 mètres de fond, c’était intriguant. La pub est passée en Espagne pendant un mois, quand on la voit on a l’impression que c’est du faux, alors que j’étais bien à 10 mètres de fond entouré de trois plongeurs qui me ravitaillaient en air. C’était plus marrant à faire que le rendu !

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-Des conseils pour des jeunes qui voudraient se lancer dans le freestyle en compétition ?

Cela dépend de leur niveau, mais je leur dirais de s’éclater, de prendre du plaisir. Quand j’étais jeune, ce que je voulais c’était d’avoir des sensations, de m’amuser. Le ski freestyle était la seule chose que je voulais faire de ma vie, puisque c’est là où je prenais le plus de plaisir. Une fois que tu sais que c’est ce que tu veux faire, il faut devenir un peu sérieux. Pas faire la gueule hein, mais faire les choses bien, se donner à fond, dans un certain ordre : faire du trampoline, du water-jump, sauter sur des airbags pour commencer à faire des figures sans risque… Sinon, les carrières sont courtes ! On a vite fait de se faire mal… Aujourd’hui, grâce aux airbags, on peut se blesser moins fréquemment. C’est un super outil de travail que je recommande à un jeune qui débute, pour travailler les tricks. Il faut aussi savoir skier… On voit beaucoup de freestyleurs qui ont appris à skier dans des snowparks, qui sont très bons acrobates mais qui ne savent pas skier. Je pense qu’aujourd’hui, ce qui fait la différence même en l’air, ce sont les gens qui sont de vrais skieurs, qui ont fait des dénivelés et qui ont skié dans toutes les neiges…

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-Prends-tu le temps de faire un peu de freeride et de rando ?

Habitant à la Plagne, qui est une énorme station et où il y a beaucoup de hors-piste à faire, je skie dés qu’il y a de la neige et que je suis en France ! Je vais skier avec mes potes, sans faire de freestyle, je fais des sauts grâce aux mouvements de terrain et du backcountry… C’est vraiment ma passion ! Moi je n’aime pas plus le halfpipe que la poudreuse ou le slopestyle. Je fais du halfpipe car c’est là-dedans que j’étais le meilleur, et que je prends beaucoup de plaisir à en faire, mais j’aime vraiment tous les aspects du ski.

Kevin Rolland avec Tess Ledeux_Photo Philippe Millereau

Kevin Rolland avec Tess Ledeux_Photo Philippe Millereau

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-Ta journée type à La Plagne ?

Cela dépend des conditions ! S’il y a beaucoup de neige, je vais appeler les copains et on va faire de la poudreuse, s’il y n’y a pas de poudreuse on peut malgré tout profiter des mouvements de terrain et skier vite… J’ai mes petits spots à La Plagne ! Je ne suis jamais chez moi quand je suis là-bas, je vais skier, même si les conditions sont pourries je sors ! D’ailleurs c’est un très bon moyen de se remettre du décalage horaire, un bon bol d’air avec le vent sur le visage, ça fait du bien !

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-Tes échéances pour les prochaines semaines ?

.Je vais rentrer en France, à la Plagne, pour un entraînement d’airbags, afin de perfectionner les fameux nouveaux tricks. Après cela je pars quelques jours en Suisse, puis direction la Coupe du monde ! Je repars aux US le 8 janvier.

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-Un mot sur toute cette neige qui tombe sur l’Europe, ça change un peu des trois dernières années ?

C’est une super nouvelle, même si je suis un peu frustré car je suis aux Etats-Unis et qu’il n’ y a pas beaucoup de neige. Cela me mets l’eau à la bouche de voir toutes les photos sur Facebook, j’ai hâte de rentrer pour skier et me faire plaisir !

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Photo de Une : AFP PHOTO / FRANCK FIFE

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