Interview exclusive avec la championne de kayak Nouria Newman

À seulement 26 ans, la kayakiste française est déjà considérée comme une référence dans le milieu.

Le point fort de Nouria Newman est sa faculté à maitriser toutes les disciplines de ce sport. Slalom, freestyle ou kayak extrême en rivière, la kayakiste Red Bull n’a pas eu besoin de faire un choix car elle excelle en tout.
D’ailleurs elle cumule les victoires et les récompenses. Paddler of the Year 2012 et 2015, Championne du monde freestyle Junior, 1ère place Sickline Extreme World Championship 2013, 2014 et 2017, 1ère place Whitewater Grand Prix 2012, Vice-championne du monde slalom 2013, Championne du monde slalom par équipe 2014… un palmarès qui en dit long sur ses compétences.
Découvrez qui est réellement Nouria Newman, sa vision du kayak, son quotidien, son entrainement intensif, ses projets et tout ce qu’il y a à savoir sur la talentueuse et polyvalente rideuse française.

 

Quand et comment as-tu débuté le kayak ? J’ai lu que tu avais découvert à 4 ans un kayak au fond du jardin de tes parents, et que cela avait été une révélation…
Je ne sais pas vraiment si on peut appeler ça une révélation. J’ai découvert le kayak parce que des amis de mon père sont arrivés à la maison avec un kayak en plastique sur le toit de leur voiture. Je devais avoir 3-4 ans, j’ai vu un gros jouet en plastique qui ressemblait étrangement à mes Playmobil et j’ai dis à mes parents que je voulais faire ça. Ils ont dit non parce que je ne savais pas nager et parce que le club de kayak était un peu loin de la maison, du coup j’avais encore plus envie d’en faire. J’ai pris des cours de natation et à la fin de l’été je suis rentrée à la maison avec mon certificat de natation et un écusson immonde avec un canard jaune sur fond bleu dont j’étais hyper fière. Mes parents m’ont inscrite au club de kayak local quand j’avais 5 ans.

Tu pratiques différentes disciplines, le freestyle, le slalom et le kayak extrême… Laquelle préfères-tu et pourquoi ?
Je n’ai pas vraiment de discipline préférée. En terme de sensations et de navigation chaque discipline est différente. Après le kayak extrême permet de vraiment voyager différemment : de découvrir des endroits où personne ne va et d’aller à la rencontre des autres. En slalom ont est souvent plus concentré sur soi-même, sur la compétition, et du coup on ne vit pas les même choses.

Tu n’as jamais eu la tentation de bifurquer vers une seule discipline ? Que t’apporte cette polyvalence dans ta pratique du kayak extrême ?
Je pense que je vais continuer à faire un peu de tout parce que chaque discipline vient enrichir mon répertoire technique et me permet d’améliorer ma navigation. Mais je songe de plus en plus à me recentrer sur les expéditions en kayak extrême.

Que représente le kayak extrême à tes yeux ?
Le kayak extrême occupe une place très grande dans ma vie. Ce sport m’a apporté mes plus grandes joies, mes plus belles histoires, mes meilleurs souvenirs et mes plus belles rencontres. Toutes choses étant égales par ailleurs, il m’a aussi apporté mes pires moments et mes plus grandes peines. Aujourd’hui je ne serais pas là où je suis sans le kayak extrême.

Si tu devais définir le kayak extrême, que dirais-tu ?
En général le public ne voit que les lignes difficiles, les gros rapides, les chutes. Les sports extrêmes ont souvent une image un peu réductrice. Au delà de l’action brute il y a toute une démarche : les recherches en amont pour préparer une descente, le chemin parcouru pour arriver à la rivière, les lien d’amitié et de confiance avec nos partenaires car on doit pouvoir compter les uns sur les autres à tout moment, la mise en place de sécurité, les prises de décision parfois difficiles, les moments de pure joie mais aussi les grosses galères, les moments de doutes, la douleur, la fatigue… La recherche d’adrénaline, c’est seulement une petite partie de la pratique. Le kayak extrême, c’est avant tout un moyen de transport unique pour partir à l’aventure.

Quelles sont les qualités à avoir pour être une bonne kayakiste de l’extrême ?
D’abord il faut être bon en kayak, avoir une bonne condition physique et maitriser les techniques de navigation et de sécurité. Mais il faut aussi avoir un bon mental être capable de faire face à des situations stressantes, de constamment s’adapter au conditions changeantes, de prendre les bonnes décisions pour soi-même et pour le reste du groupe. Savoir lire une carte, les courbes hydrométriques, les prévisions météo…Il faut aussi maîtriser quelques fondamentaux d’escalade pour évoluer dans un canyon et être capable de marcher des heures avec 40kg sur le dos.

Quels sont tes spots de prédilection en matière de kayak extrême ?
J’aime beaucoup la côte ouest des Etats Unis et du Canada. Entre la Californie et la Colombie Britannique il y a énormément de très bons spots et il y a beaucoup de très bons pagayeurs. Après j’ai un gros coup de coeur pour la Nouvelle Zélande. Les rivières sont plus dangereuses et pas nécessairement impressionnantes en terme d’image, mais elles requièrent un style de navigation très exigeant techniquement et mentalement.

nouria newman

Tu comptes plusieurs titres de championne du monde dans la discipline, dont un obtenu en octobre 2017 en Autriche. Quels souvenirs gardes tu de cette Adidas Sickline 2017 ?
La Sickline c’est une des plus grosses courses de la saison. Chaque année nous avons un appartement pour l’équipe de Jackson Kayak. C’est une belle opportunité pour progresser et travailler des détails techniques. On s’entraîne tous ensemble, on parle de nos lignes, on fait des analyses vidéo, on revient sur des rapides ou des courses de la saison. C’est toujours un moment de partage riche qui me permet de progresser dans ma navigation.

As-tu des mentors, des modèles dans le domaine du kayak extrême, Rafa Ortiz ou Ben Brown par exemple ?
Il y a beaucoup de pagayeurs que j’admire dans le sport, chacun a ses forces et ses faiblesses. J’essaye de m’inspirer de différents style de navigation : Aniol Serrasolses et Evan Garcia pour leurs techniques, Rafa Ortiz pour les chutes, Dane Jackson pour sa polyvalence et son instinct, Ben Marr pour la grosse eau vive, Rush Sturges, Daan Jimmick pour la sécu….

Suis-tu une préparation physique et mentale spécifique ?
En préparation physique je passe énormément de temps sur l’eau et à côté je fais du renforcement musculaire, et de la PPG en faisant d’autres sports (footing, ski de rando, surf, vtt). J’ai fait un peu de préparation mentale avec le slalom mais rien de très poussé. Après on fait beaucoup d’imagerie mentale pour analyser les lignes et pour essayer de se mettre en situation avant de descendre un rapide.

nouria newman

 

En parallèle de ta vie de sportive de haut niveau, tu étais également étudiante en école de journalisme. Comment réussissais-tu à concilier les deux ?
J’ai beaucoup galèré. Je me levais tôt et je me couchais tard pour pouvoir tout faire dans la même journée.
Aujourd’hui, Je ne suis plus étudiante car j’ai fini ma formation dans le parcours journalisme de Sciences Po Toulouse.

Fais-tu du kayak au quotidien ? Combien de jours par semaine t’entraînes-tu ?
Je fais du kayak et je m’entraîne presque tous les jours sauf quand je suis blessée ou les journées passées dans les transports. En général j’essaye toujours de prendre une journée de recup toutes les deux semaines. Et j’ai une ou deux périodes de break de 6 à 10 jours dans l’année.

A part le kayak, as-tu d’autres passions dans la vie ?
Quand je ne suis pas sur l’eau j’aime bien faire d’autres sports nature ou partir en montagne. Après j’aime lire et écouter de la musique, du coup les longs trajets ne me dérangent pas plus que ça. Et je fais un peu de photo et de vidéo.

Tu n’es pas passée loin de te qualifier pour les Jeux Olympiques 2016 en slalom, tu a toujours ce rêve olympique dans un coin de la tête ?
Je me suis complètement plantée lors des sélections pour les JO de 2016. Participer aux Jeux Olympiques à toujours été un de mes rêves. C’est la compétition sportive de référence, je garde forcement ce rendez-vous dans un coin de ma tête, mais j’ai beaucoup changé depuis 2015 et j’ai d’autres projets qui me tiennent à coeur.

Et alors, quels sont tes prochains projets en matière de kayak extrême ?
En ce moment je suis en Argentine. On vient d’embarquer pour une expédition de 6 jours sur « le diamante », un canyon difficile et plutôt engagé. J’ai la chance de naviguer avec Matias Lopez qui est le local de l’expédition et un des meilleurs pagayeurs au monde et Ben Stookesberry qui est très probablement la référence mondiale en matière d’expédition en kayak.

Si tu devais encourager des jeunes filles à pratiquer le kayak extrême, que leur dirais-tu ?
Accrochez-vous. Le kayak est un sport ingrat lorsque l’on débute, on tombe beaucoup, on a peur, on a froid…mais ça en vaut vraiment la peine.

Photos : © Red Bull content pool

 

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