Interview exclusive d’Alex Caizergues, quadruple champion du monde de kitesurf de vitesse

Alex Caizergues, monument du kitesurf de vitesse aka kitespeed, s’est confié à la rédac’ du Mag’ d’Adrenaline Hunter sur ses destinations fétiches et sa discipline… Interview d’un rider de légende ultra-passionné !

Quatre titres de champion du monde de kitespeed, un record du monde de vitesse en kite plus que jamais d’actualité, une modestie et une passion à toute épreuve… Alex Caizergues est une star du kitesurf et un addict aux sensations que procurent ce sport. Le Provençal a accepté de donner une nouvelle interview au Mag’ d’Adrenaline Hunter, après une précédente entrevue en juillet. Cette fois, la rédac’ l’a cuisiné (le jour de son anniversaire, mercredi 14 mars) sur ses destinations fétiches, de quoi faire voyager et vous pousser, on l’espère, à faire du kitesurf ! Instant privilégié avec un homme vrai, un homme qui a le kite dans la peau, mister Alex Caizergues !

-Alex, c’est ton anniversaire aujourd’hui, qu’aimerais-tu avoir comme cadeau ?

(Rires) Là, tout de suite maintenant, j’aimerais bien faire une session dans d’énormes vagues. Ca reste un de mes trucs préférés en kite, et c’est ce qui me manque en ce moment. La vitesse ça va, ces derniers temps ça a été plutôt productif mais j’aimerais bien me faire une session de grosses vagues !

-Sais-tu où tu aimerais partir ?

Oui, oui, je pense notamment aux Fidji. Cela risque d’être l’un de mes trips de l’année 2018… Ce n’est pas encore sûr mais c’est dans les tuyaux ! Pour cette année ou une autre…

Alex Caizergues
Alex Caizergues

-Tu reviens tout juste de Cape Town, l’une de tes destinations favorites. Peux-tu nous parler de ce trip ?

J’ai eu l’impression d’y passer encore une fois plusieurs mois, alors que je n’y ai passé « que » six semaines. Cela reste effectivement l’une de mes destinations préférées, car cela combine à la fois un lifestyle « européen » en été, avec une grande ville à proximité de la mer et des températures idéales, et en même temps des superbes conditions de kite au mois de février, ce qui est impossible dans l’Hémisphère Nord… Quand je pars en trip là-bas, j’y reste donc le maximum de temps. J’ai enchaîné pas mal de choses là-bas, puisque j’ai fait deux semaines de coaching, la première avec l’Association des Pilotes d’Air France, l’AF Kite Crew, puis une semaine avec The Galion Project. J’ai organisé un shooting pour l’un de mes partenaires, en l’occurence Honda Financial Services. Je me suis également entraîné et j’ai réalisé quelques sessions dans les vagues. Même si nous n’avons pas eu des conditions énormissimes, cela a fait du bien !

-Comment avais-tu sélectionné tes spots sur ce trip sud-africain ?

C’est vachement basé sur les conditions météo, normalement ils ont un régime de sud-est, le South Easter ou Cape Doctor, qui est en gros le vent normal qui souffle en été chez eux (hiver chez nous). Il y a des spots qui se déterminent selon l’orientation du vent ou des vagues… Nous pouvons aller rider de 1h30 au nord de Cape Town à 1h30 au sud, où tu vas jusqu’au Cap de Bonne Espèrance. Ca laisse donc un gros panel de spots !

-Bilan largement positif, donc, pour ce nouveau trip à Cape Town ?

Oui, complètement ! Il y a toujours moyen de trouver du vent, tu navigues tous les jours… Si tu bouges un petit peu, si tu es prêt à faire une heure de bagnole, tu trouves toujours du vent autour de Cape Town…

KOTA 2018 Kevin Langeree
KOTA 2018 Kevin Langeree

-Un mot sur le Red Bull King of the Air 2018 organisé en Afrique du Sud, et son vainqueur Kevin Langeree ?

Pour moi, il faisait partie du trio final… Pour l’avoir vu s’entraîner un peu avant, et pour connaître son talent… C’était lui qui montait le plus haut. A mes yeux, il était prévu que Kevin arrive en finale, je pensais toutefois que Jesse Richman irait un petit peu plus loin. La belle surprise est le parcours de Liam Whaley (deuxième de l’épreuve, ndlr), que je n’attendais pas… C’était plutôt cool !

-Dans ton livre « Plus vite que le vent », tu présentais pour la première fois tes destinations fétiches, notamment les Grenadines, Hyères, les Salins, Leucate, Madagascar et donc Cape Town. Qu’est ce qui t’avais donné envie d’écrire ce bouquin ?

Mon petit frère, qui avait travaillé avec moi sur le livre, est pour beaucoup à l’origine du projet. Il travaillait à l’époque un petit peu dans l’édition, et était parti du constat qu’il n’existait pas de livre d’aventures qui traitait du kite. Il m’a fait rencontrer un photographe qui est devenu le photographe du bouquin, Martin Bruno. Il a été un vrai partenaire de voyage, je me suis éclaté à shooter avec lui les images, car il a shooté toutes les photos du livre ! J’avais envie de faire partager ces destinations aux gens qui me suivent… Une fois l’idée trouvée, il a fallu trouver un éditeur. Ma petite cousine – c’est toujours une affaire de famille ! – est agent littéraire et m’a présenté la maison d’édition des Arènes, au sein de laquelle j’ai rencontré Jean-Baptiste Bourrat. Il est devenu mon éditeur, cela s’est super bien passé avec lui, il était fan du projet… Avec Martin, nous avons effectué un premier shoot à Leucate qui s’est super bien passé, puis tout s’est enchaîné : Grenadines, Cape Town, Madagascar… Avoir une tranche de vie portée dans un livre, au cours de ma carrière, c’est juste fabuleux parce qu’il n’y a pas beaucoup de sportifs qui peuvent dire ça ! Je pourrai dire à mes petits-enfants : « regardez, à l’époque on faisait des livres et papy a fait un livre sur son sport »… C’est juste génial et ça laisse une trace à vie, c’est plutôt cool !

Alex Caizergues Grenadines
Alex Caizergues Grenadines

-Quels sont les différents ingrédients que doit réunir un spot pour te plaire ?

Le critère de base, c’est quand même le vent. A l’époque où l’on naviguait juste sur twin-tip (planche multidirectionnelle, ndlr), il fallait vraiment avoir du vent tout le temps. Je m’imposais de choisir des spots qui répondaient à ce critère. Désormais, avec le foil, nous avons moins besoin de vent donc cela permet d’étendre le choix des spots. Mais il faut quand même que le vent souffle, cela reste le critère principal pour sélectionner un spot. Pour le reste, cela dépend de ce que j’ai envie de faire. Si c’est un trip foil, je vais plutôt choisir les Caraibes, ou dans des eaux bleues turquoises où il n’y a pas forcément beaucoup de vent mais où les paysages sont magnifiques. Si je veux faire de la vague, la destination sera liée aux conditions de vagues et à l’exposition des spots…

Aujourd’hui, il n’y a pas vraiment de règles, j’ai fait des trips de kite aussi bien dans l’hémisphère nord que dans l’hémisphère sud. A partir du moment où il y a des belles images à faire, et où je peux prendre du plaisir sur l’eau, je suis ouvert à toute destination, on y va ! Cela étant, je vais peut-être regarder la sécurité sur le spots et encore, il y a des spots que l’on dit « dangereux » mais à partir du moment où tu as des bons contacts sur place, ça se passe généralement plutôt bien… Je pense notamment au Venezuela, dont la situation est super tendue en ce moment.  Encore une fois, il n’y a pas vraiment de règles… ah si, je cherche des températures plutôt clémentes ! Même si je ne suis pas à l’abri d’aller faire un trip en Islande ou au Nord de la Norvège en kite, ça me botterait d’ailleurs bien… pour aller chasser un peu les aurores boréales !

-Toi qui viens de Port Saint Louis du Rhône, peux-tu nous parler de ce spot ?

C’est LE spot qui me tient à cœur car c’est là que j’ai commencé, tous mes potes de kite sont là-bas… J’y ai navigué ce week-end, je me suis régalé ! C’est top de retrouver son chez soi. On a plusieurs spots sur Port-St-Louis, la destination permet de naviguer dans presque toutes les orientations de vent. Les deux principales étant le mistral, un vent donc de nord, et le sud-est (le marin). Le spot est safe dans toutes les directions de vent… On peut trouver à la fois des vagues, du flat pour faire de la vitesse, ou du foil, on peut se balader… C’est un spot que j’aime vraiment beaucoup, et sur lequel je prends toujours beaucoup de plaisir à naviguer. J’ai mon club de kite qui est là-bas, club de kite dont je suis le Président, c’est cool !

Alex Caizergues Grenadines
Alex Caizergues Grenadines

-Tu as construit un canal de vitesse aux Salins de Giraud, où tu as d’ailleurs battu ton record du monde de vitesse en novembre dernier. Qu’est ce qui rend cet endroit si spécial ?

A la fois le fait que ça soit un endroit ultra-exposé au mistral, sans obstacles au vent : pas de digues, pas de forêt… Tu es en plein milieu des salins, le mistral arrive plein fer sans être freiné ou perturbé. Mais aussi le fait que l’on puisse contrôler l’environnement, par exemple la hauteur d’eau dans le canal, gérée par des vases communicants. Cela rend cet endroit parfait pour la vitesse !
Ensuite, cela reste un canal de vitesse, c’est plutôt étroit, cela demande pas mal d’expérience mais une fois que l’on maîtrise, c’est une piste de décollage !

-Si tu devais décrire ce qu’on ressent à 100km/h sur l’eau… ?

C’est un petit peu particulier ! Bien évidemment, il y a une sensation de vitesse car on atteint aujourd’hui des pointes à 115km/h, cela commence à être stratosphérique… En dehors de cela, je ressens avant tout du plaisir à aller très vite, je n’ai pas peur, j’ai envie d’aller encore plus vite. Essayez de sortir la tête de la voiture quand vous roulez à 100km/h, c’est à peu près ce qu’on ressent… Si tu ne mets pas de masque, car j’ai quand même un masque de motocross qui me permet de garder les yeux grands ouverts !

Alex Caizergues en kitespeed
Alex Caizergues en kitespeed

-Que t’apporte le kite dans ta vie de tous les jours, on suppose que c’est un vrai équilibre personnel ?

C’est plus qu’une passion, c’est une drogue ! Aujourd’hui, je suis drogué au kite depuis quasiment 15 ans, ce qui est juste énorme, c’est le kite qui règle ma vie. Windguru gère mon planning… Je ressens vraiment le besoin de naviguer, quand je ne kite pas pendant trois ou quatre jours je suis réellement, réellement en manque. S’il y a des conditions de vent et que je ne peux pas aller naviguer, c’est un crève-coeur…
C’est devenu un vrai métier car c’est ce qui m’occupe professionnellement parlant et c’est ce avec quoi je gagne ma vie, mais c’est avant tout une passion, un besoin, une excuse pour rencontrer des gens… Le kite est aussi la passion de mon père, c’est donc le moyen de partager quelque chose avec lui…
Aujourd’hui, si tu m’enlèves le kite, ça risquerait d’être très très compliqué pour moi ! J’aurais sûrement besoin d’une cure de désintox…

-En Août 2017, tu as remporté à Oman ton 4e titre de champion du monde de kitespeed. Que penses-tu du spot ?

Le spot d’Oman, et plus précisément celui de Masirah, est pour moi l’un des plus beaux spots de speed en mer ouverte que je connaisse, sur lequel j’ai pu courir. On a eu une fréquence de vent parfaite, avec du vent quasiment tous les jours. Le vent était léger le premier jour, puis on a couru quatre jours d’affilée avec trois manches par jour. C’est un ratio énorme, d’autant qu’il y avait quasiment trente nœuds en permanence !
Sur l’île de Masirah en elle-même, il y a donc un spot de speed mais également des spots de vagues, des spots de flat… Il y a plein de spots tout autour de l’île, une fréquence de vent juste hallucinante en juillet et en août… J’espère d’ailleurs que cette année nous aurons les championnats du monde en juillet (s’ils sont confirmés), car a priori le vent souffle encore plus fort qu’en août !
Les Omanais sont vraiment sympathiques, ils ont envie de te faire découvrir leur pays et ils ont vraiment envie que tu l’aime. J’ai franchement vécu un super trip, j’étais d’ailleurs parti une semaine avant la compétition faire un petit trip au sud de Mascate. J’y ai rencontré des gens géniaux, j’ai vu des spots superbes, avec des conditions de vent géniales…
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, cette destination n’est pas chère du tout ! Il y a des vols toute l’année pour Oman à quasiment 600 €, une semaine avant le départ les prix des trajets ne bougent pas, ce qui est quand même extraordinaire… Sur place, les hébergements sont de qualité et pas chers, c’est donc une destination estivale à ne pas négliger ! Et niveau sécurité, c’est fabuleux, hyper safe… A faire donc, et à refaire !

Alex Caizergues
Alex Caizergues

-Quels conseils donnerais-tu à des kitesurfeurs voulant partir en trip, et hésitant sur leur destination ?

Aujourd’hui avec Internet, tu trouves tous les renseignements : quand le vent souffle sur la destination ciblée, les pourcentages de chances d’avoir du vent… Si je peux donner un conseil, c’est de partir vers une destination où tu es sûr d’avoir du vent. Car croyez-moi, vu le nombre de trips que j’ai fait, je suis parti parfois sur des spots où j’étais sûr d’avoir du vent et il n’y avait pas de vent… Alors, j’imagine que sur des destinations où tu as peu de chances d’avoir de vent, en général t’as pas de chance et il n’y a pas de vent ! Se baser par rapport aux statistiques est donc déjà un bon point de départ, et après il faut faire selon son budget…
Souvent, le premier poste de dépenses pour un trip est l’avion, bien évidemment plus tu pars loin en général, plus c’est cher. Si c’est possible, il faut éviter de partir pendant les vacances scolaires, c’est la base. Il y a des destinations qui sont désormais de grands classiques, comme le Brésil en automne, Cape Town en hiver, le Cap Vert… Tu es sûr à 80% d’avoir du vent, il ne faut donc pas hésiter !

-Et Dakhla ?

Dakhla, j’ai fait deux semaines en 2017, une en mai et une en juillet ! Cela reste une destination super accessible pour les Européens, ce qui est assez génial. Il y a de la place, une super belle lagune, un beau spot de vagues… Une destination déjà devenue ce qu’était Tarifa pour le windsurf ! J’y suis allé plein plein de fois, à mes yeux c’est un classique.

Alex Caizergues - Photo Craig Kolesky
Alex Caizergues – Photo Craig Kolesky

-Tu t’es impliqué dans la création d’Allroad Mobile, un mot là-dessus ?

On va lancer très prochainement un Kickstarter qui permettra de connaître les détails de Allroad, mais pour faire simple il s’agit d’une coque de téléphone pour iphone X, Premium Outdoor. Premium car un super designer nous a fait un design de fou sur la coque, et Outdoor parce qu’aujourd’hui je me suis rendu compte que j’utilisais mon téléphone pour tourner la plupart de mes vidéos. J’avais envie d’utiliser mon téléphone pour remplacer ma GoPro, l’iPhone X en a largement les capacités avec du 4k 60 images/seconde, tu peux faire des ralentis de fou…
J’ai envie d’embarquer l’iPhone dans mes sessions kite ou VTT Freeride, j’ai donc besoin d’une coque qui puisse me permettre d’amener le téléphone sans trop stresser !
La solution est l’Allroad, c’est une belle aventure entrepreunariale avec une équipe de spécialistes dans le milieu de la téléphonie, ça risque d’être assez sympa ! J’ai hâte de vous présenter le truc en live…

-Le mot de la fin ?

Peut-être vous parler de ma nouvelle passion pour la moto, cela s’éloigne du kite mais on reste dans l’extrême ! Je fais de plus en plus de moto quand il n’y a pas de vent, notamment sur circuit, ce qui permet aux détracteurs de ne pas dire que je ne fais que des conneries sur la route (rires). Le motocross ? Je pourrais avoir un super bon prof en la personne de Jean-Michel Bayle, mais je ne cache pas que cela me fait un poil stresser pour mes différentes articulations, du coup je ne suis pas encore monté sur une motocross…Mais qui sait, peut-être que cette année sera la bonne !

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