Interview de Matahi Drollet, le surfeur tahitien surdoué !

Interview de Matahi Drollet, surfeur surdoué de grosses vagues !

Le 1er décembre dernier, la rédac’ du Mag d’Adrénaline Hunter était présente au Grand Rex, à Paris, pour assister à la Nuit de la Glisse 2017 ! Au programme, la projection du nouveau film de Thierry Donard, « Don’t Crack under Pressure season three », qui a remporté tous les suffrages. Parmi tous les sports mis en avant (VTT, wingsuit, snowboard, ski, kitesurf, stand up paddle…), le surf a eu droit à de très belles séquences à Teahupoo et sur d’autres spots de Polynésie-Française. Un gros crew de surfeurs tahitiens était à l’affiche, dont le jeune Matahi Drollet. Véritable surdoué du surf de grosses vagues, Matahi remporta en 2015 l’Award du XXL Tube of the Year, grâce à son ride parfait dans un Teahupoo déchaîné, le 11 septembre 2014. Hélas pour lui, le Tahitien de 20 ans n’a pas pu participer au Billabong Pro Tahiti en août dernier, après s’être cassé le péroné lors d’un entraînement à Teahupoo. Présent à Paris pour la dernière de la Nuit de la Glisse 2017, Matahi Drollet a eu la gentillesse de répondre aux questions du Mag’… Interview avec un sacré rider !

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– Matahi, comment va ta jambe ? Ton péroné est-il rétabli ?

Avant de venir à Paris, j’ai recommencé à surfer, j’ai fait du snowboard, j’ai pris de grosses gamelles, je n’ai pas fait de kiné du tout. J’ai juste mis le plâtre pendant 3 semaines, et ensuite une attelle mais je pense que là ça va bien. Enfin, j’espère !

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– Un peu frustré de cette chute avant les trials du Billabong Pro de cet été ?

Oui, je me suis fait cette blessure 4 jours avant la compète, je m’entraînais à fond et sur une mauvaise chute, j’ai pris la lèvre de la vague sur la jambe et ça n’a pas raté, ça a cassé. Je n’ai pas pu participer aux trials, ce qui est quand même mon objectif annuel. De ne pas pouvoir faire cette compète, à 4 jours près, c’était frustrant. C’est mon rêve de gagner cette compétition et de pouvoir accéder au main event. Ce n’est pas grave, ça viendra…

Matahi Drollet (Photo espn)

Matahi Drollet (Photo Ed Sloane)

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-Quelles sont tes relations avec Michel Bourez, le pro surfeur tahitien ?

C’est vraiment un bon pote à moi, il dort chez moi pendant la compétition, on va souvent surfer ensemble. Dés qu’il y a des vagues, Michel Bourez descend à la maison et on va surfer…. C’est vraiment l’un de mes surfeurs préférés et j’espère à chaque fois qu’il obtiendra de bons résultats. Il se met beaucoup de pression lorsqu’il descend à Tahiti, je pense que ce qui lui manque c’est de la chance lors du Billabong Pro Tahiti. On est de très bons amis et tous les surfeurs qui sont présents à la Nuit de la Glisse te diront qu’il est cool !

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–  Raconte-nous ton histoire avec Thierry Donard, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Thierry, je l’ai rencontré par hasard en 2012 lors d’une session à Teahupoo. Il y avait 3-4m, j’étais en train de me faire tirer pour la 1ère fois en tow-in. Lorsque j’ai ridé l’une de mes plus belles vagues, Thierry était là avec sa caméra, aux premières loges, il a shooté la vague et était assez content du ride que j’avais réalisé. Il est venu me rencontrer au line-up, au large de Teahupoo et il m’a filmé partir sur la vague. Le lendemain, je suis allé faire une petite interview avec lui, le courant est très bien passé. On s’entend très bien. Depuis, je tourne chaque année avec lui. L’année d’après j’étais blessé, je m’étais arraché un muscle mais il m’a mis dans le film en tant que narrateur, car il y avait une grosse session de surf à Teahupoo. En 2014, il m’a remis dans le film, puis on a fait des voyages en Polynésie-Française sur d’autres îles avec Tikanui (Smith, l’un des riders tahitiens de la Nuit de la Glisse, ndlr). Plus ça avance, plus on a de nouvelles idées, plus on veut travailler ensemble, c’est donc parfait !

Matahi Drollet Nuit de la Glisse (Photo Soren Rickards)

Matahi Drollet Nuit de la Glisse (Photo Soren Rickards)

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–       Et depuis, quel lien avez-vous gardé entre les tournages ?

Quand je me blesse, Thierry m’appelle souvent pour savoir si je n’ai pas besoin de rendez-vous chez les médecins, car Thierry est un grand sportif et a tous les contacts. On s’appelle durant toute l’année, pour parler des conditions de ride et des nouveaux projets, on se voit à Tahiti, à Chamonix… Il nous emmène faire du snowboard, on l’emmène surfer à Tahiti.

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–       Thierry est très fan de ton style de surf, et on le comprend bien. Comment le définirais-tu ?

Je ne suis pas vraiment quelqu’un qui réalise de grosses manœuvres, je suis plus dans une vision d’aller sur les plus grosses vagues, d’essayer toujours de pousser les limites. Je pense que c’est ce que Thierry aime. Je le considère comme un membre de ma famille, on se connaît depuis que je suis tout petit. Je pense que mon agressivité dans les grosses vagues lui plaît !

Matahi Drollet Teahupoo (photo Ted Grambeau)

Matahi Drollet Teahupoo (photo Ted Grambeau)

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–   À part Teahupoo, quelles sont les plus belles vagues du monde selon toi et celles que tu rêverais de surfer ?

A part Teahupoo comme tu dis, il y a de superbes vagues à Hawaii et à Pipeline que j’ai déjà surfé, également Puerto Escondido au Mexique. J’aimerais aller en Australie mais il y a beaucoup de requins et j’en ai peur. J’aimerais tester The Right, North Point ou Margaret River. L’année prochaine, nous avons prévu d’aller à Nazaré, c’est une vague à faire !

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–       Le surf à haut niveau est très présent dans la famille. Avec ton grand frère Manoa, vous surfez encore régulièrement ensemble ?

Pas vraiment, il a pris un autre chemin après 20 ans au haut niveau et je pense qu’au bout d’un moment, tu te lasses. Manoa (deuxième du Billabong Pro Tahiti en 2008, ndlr) m’a appris tout ce qu’il pouvait m’apprendre, c’est grâce à lui que j’ai cette connaissance de la vague de Teahupoo. C’est lui qui m’a amené sur mes premières vagues, c’est lui qui m’a poussé vers mes premiers spots dangereux, il m’a tout appris mais désormais je trace mon propre chemin, j’avance et je surfe seul… même si on se croise sur l’eau !

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–  À seulement 20 ans, tu as déjà un palmarès impressionnant avec ta victoire du « tube de l’année en 2015 » chez toi à Teahupoo.  Cependant, arrives-tu à vivre du surf aujourd’hui ou as-tu un autre job ?

Quand j’ai remporté cet Award, j’allais toujours à l’école mais depuis, les choses ont évolué. Avec mes sponsors, on a changé mes contrats je peux désormais vivre du surf. Mais mes parents ne veulent pas que je fasse uniquement du surf, j’ai donc acheté des bateaux et quand il n’y a pas de vagues, j’amène des touristes en excursion voir les baleines. Dés qu’il y a un swell quelque part à Hawaii ou Tahiti, je me mets à fond dans le surf. Je vais souvent en Californie pour faire des photos avec mes sponsors Hurley et Nike, tout se passe bien pour l’instant !

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–       Ton avis sur l’évolution du surf à Tahiti ? Comment le décrirais-tu pour ceux qui n’y sont jamais allés ?

A Tahiti, on a vraiment la chance d’avoir de très bonnes vagues et qui dit bonnes vagues dit très bons surfeurs. Nous avons eu la chance que Michel Bourez nous montre la voie, avec Tikanui nous avons pris une direction différente et nous allons plus sur le surf de grosses vagues. Nous avons beaucoup de vagues énormes à Tahiti et on retrouve deux catégories de surfeurs : ceux qui font de la compétition et ceux qui font du freeride, comme moi. Dans les deux disciplines, cela évolue plutôt bien. Nous avons de bons résultats dans le QS. Ces deux dernières années, on n’a pas trop pu pousser nos limites car il n’y a pas eu trop de « grosseur », nous avons surtout pu scorer en 2014-2015. On croise les doigts pour que les grosses vagues reviennent !

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–       À part le surf, tu as d’autres passions ? Comment occupes-tu tes journées ?

Oui bien sûr, j’aime beaucoup pêcher, je pêche en journée comme de nuit. J’aime aussi la musique, jouer de la guitare, avec Tikanui on se réunit souvent chez notre « Tonton ». On fait de la musique, j’emmène du poisson que j’ai pêché… Je profite pleinement de la vie à Tahiti !

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–       Un petit mot sur Paris et la France ?

La France, c’est un autre monde, c’est un peu sportif car à Tahiti, on vit un peu à deux à l’heure alors qu’en France, il faut être au taquet… Mais j’aime bien, surtout aller faire du snow dans les Alpes ou même Paris, les gens y sont cools lorsque tu commences à entamer une conversation avec eux. Chez moi il y a des montagnes et de la verdure partout, mais j’adore la neige de Chamonix, j’adore la France !

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–       Des gens à remercier ?

Ma famille, mes parents, mes frères et sœurs et tous mes amis de Tahiti, la Nuit de la Glisse pour nous donner une opportunité unique de nous faire connaître en Europe, et tous les gens qui sont venus voir le film !

Photo de Une : Ben Thouard

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