Jeremy Flores

Jeremy Flores : « J’aime surfer contre les meilleurs du monde et tenter de les battre »

Entre deux manches du championnat du monde de surf, nous avons rencontré l’un des meilleurs surfeurs français, Jeremy Flores.

Le Réunionnais arrivait tout juste de Rio et repartait le lendemain pour Bali mais grâce à l’Agence Olivia Payerne et Quiksilver, nous avons pu nous entretenir quelques instants avec la star française du surf.  Jeremy revient sur sa carrière, son nouveau rôle de père, l’inévitable polémique des requins à la Réunion et bien d’autres sujets comme l’avenir du surf aux Jeux Olympiques ou les vagues artificielles. Voici son interview :

Jérémy, peux-tu rappeler pour nos lecteurs quand et comment tu as débuté le surf ?
Je devais avoir 3 ou 4 ans quand j’ai commencé à surfer. C’était sur l’île de la Réunion. Mon père était surfeur, donc ça a un peu aidé…

Tu reviens de Rio, es-tu satisfait du résultat ? Qu’as-tu pensé de la compète ?
Non, pas satisfait du tout mais pour une fois, on a eu de bonnes vagues avec quelques beaux tubes. Je pense que j’ai manqué d’opportunités et puis j’ai fait une grosse erreur mais c’est comme ça, je ferai mieux au prochain round.

Qu’as-tu pensé du changement de spot à Rio ? (Le second jour du contest, la WSL a décidé de changer le lieu pour aller à Saquarema)
C’était une bonne chose même si c’était carrément différent. A Rio, il y avait 40 000 personnes qui criaient sur la plage, c’était fou alors que Saquarema est un petit village. Mais je pense que les vagues sont meilleures à Saquarema qu’à Rio.

On dirait que vous vous êtes bien amusés la-bas…
Oui, ça c’est sûr.

Jeremy Flores

L’étape de Bali est toute proche là, quel est ton objectif pour Keramas?
Maintenant, à chaque fois que je participe à un contest, c’est pour gagner. Donc mon but pour Keramas, c’est la victoire. Je sais que si les vagues sont bonnes, je suis capable de battre les meilleurs surfeurs. Il ne reste plus qu’à espérer qu’on aura de belles vagues…

Tu es connu comme l’un des meilleurs surfeurs de barrel au monde, on espère juste te voir réussir.
J’espère aussi (rire). Le niveau du surf actuel est maintenant incroyable. On peut gagner ou perdre contre n’importe qui. Il suffit juste d’attraper la bonne vague.

Que penses-tu de ton début de saison 2018 ?
La saison 2018 a été un peu bizarre pour moi parce que j’ai eu la naissance de mon bébé il y a environ deux mois, donc j’ai loupé Margaret River et la manche très importante de Bells Beach parce que je stressais de manquer la naissance de ma fille. Donc j’avais pas du tout la tête à ça. J’ai quand même réussi à participer à quelques rounds mais c’était bizarre. Je pense que pour moi, l’année commence maintenant.

Et puisqu’on parle d’être devenu père, ça a changé quelque chose dans ta vision du surf ?
C’est encore un peu tôt pour en parler parce que je reviens de Rio donc je suis resté éloigné de mon bébé pendant 3 semaines. C’est vraiment dur pour moi de rester loin d’elle. J’espère que d’ici quelques mois, je pourrais voyager avec ma famille. Ce sera super motivant pour moi qu’elles soient sur la plage avec moi pour m’encourager.

A 18 ans, tu es devenu l’un des plus jeunes surfeurs à rejoindre le niveau de l’élite mondiale et en 2007, tu as également remporté le titre du Rookie of the Year. Qu’as-tu de si spécial selon toi ?
C’est vrai que contre toute attente, je me suis très vite qualifié pour le tour mondial alors que je ne m’y attendais pas du tout, venant de mon petit rocher perdu au milieu de l’océan (Île de la Réunion). Un rêve qui est devenu réalité pour moi. Et j’ai terminé 8eme mondial cette première année, ensuite tout s’est rapidement accéléré et maintenant je dois continuer à m’améliorer. J’essaie toujours de surfer le mieux possible à chaque fois que je vais à l’eau. Je suis sur le tour depuis 12 ans maintenant et même si j’ai eu des hauts et des bas, je ne pensais pas que je tiendrais aussi longtemps. J’ai remporté 3 épreuves internationales (2 fois le Pipe Masters, une fois à Tahiti) et je me sens beaucoup plus expérimenté maintenant. C’est un énorme accomplissement pour moi.

Qu’as-tu ressenti quand tu as été élu « espoir de l’année » ? Ca doit être assez dur de gérer cette pression non ?
Oui, j’ai vraiment senti cette pression mais j’aime ça. En même temps j’aime la pression d’être un outsider, j’aime quand les gens ne s’attendent pas à ce que je fasse quelque chose de bien. Alors que quand ils disent « Jeremy va gagner à 100% », ça gâche un peu tout dans ma tête et j’ai du mal à y faire face.

Tu aimes ne pas être sous les projecteurs ?
J’aime être l’outsider, surfer contre les meilleurs du monde et tenter de les battre.

Comme tu l’as dit, tu as remporté deux fois le Pipe-Master et une fois Teahupoo, ce qui est un exploit incroyable dans de telles conditions. Mais que représentent ces vagues pour toi ? Ces vagues sont très puissantes et tu les as parfaitement maîtrisées, comme si tu étais devenu hawaïen en secret…
Et bien tu sais, j’ai passé pas mal de temps à Hawaï et les locaux ont toujours été super cools avec moi. J’ai toujours été très respectueux et j’adore ce pays. Je pense que lorsque vous aimez réellement un endroit, une sorte d’énergie positive se réalise et il se produit de bonnes choses. Et Hawaï fait partie de ce genre d’endroit. Je passais environ 3 à 4 mois à Hawaï par an et tu sais, il n’y a pas de secret. Tu t’entraînes, tu t’entraînes et si tu respectes ces vagues et que tu surfes avec humilité en compagnie des meilleurs surfeurs locaux, alors ce sera gagnant et ça l’a été pour moi par deux fois. Le Pipe Masters est l’événement que tout le monde rêve de gagner. Je l’ai gagné il y a 10 ans et je l’ai gagné à nouveau 10 ans plus tard, c’est vraiment spécial. Si je pouvais choisir quels événements je pourrais gagner, alors ce serait le Pipe Masters et aussi Teahupoo. Et c’est arrivé pour moi, comme un rêve devenu réalité.

Jeremy Flores

Tu as pu surfer contre les plus grands surfeurs du monde, Kelly Slater, Mick Fanning, Andy Irons…Y en a t-il que tu admirais?
Je les respecte tous tu sais. Kelly Slater, Mick Fanning… mais à un moment donné, je regardais vraiment Andy Irons pour sa façon de surfer évidemment, mais aussi pour le personnage. Je pense qu’il avait quelque chose d’admirable. J’aimais sa façon de penser, sa façon de faire, il n’avait jamais une mauvaise attitude. Je respecte ça. Il était le seul à faire ses tricks et manœuvres sur des grosses vagues. À ce jour, personne ne fait ça. Sinon je suis aussi un grand fan de John John Florence et de tous ces gars qui sont juste incroyables.

Tu as dû bien apprécier de remporter le Andy Irons Award à Teahupoo alors ?
Oui, c’était fou et probablement une des mes plus belles réussites. Les vagues de cet événement étaient parmi les meilleures que j’ai jamais vues dans une compétition de surf, probablement les plus grandes que j’ai eues à surfer en contest. Et comme je te l’ai dit, j’avais beaucoup à prouver. C’était dans mes premières années du world tour et tout le monde savait que je pouvais surfer des vagues normales mais personne ne m’avait vu surfer des vagues de cette taille là. J’avais donc beaucoup à prouver et remporter le prix Andy Irons alors que c’était mon idole, c’était énorme. Surtout à Teahupoo, cette victoire est inestimable.

Tu as l’air à l’aise dans de grosses conditions. Tu fais quelque chose de spécial pour t’y sentir bien ou c’est juste de l’entrainement dans ce genre de conditions ?
Tu sais, il existe plusieurs façon de s’entrainer bien sûr. Surtout quand tu as une connexion spéciale avec un endroit particulier, tout vient naturellement. J’adore Tahiti. C’est mon spot favori dans le monde et j’ai pas mal d’amis là-bas. J’aime leur culture et j’aime tout ce qui concerne Tahiti. Je pense que quand tu respectes un endroit, il te le rendra d’une façon ou d’une autre. J’ai aussi eu beaucoup de mauvaises périodes parce que c’est l’une des vagues les plus lourdes au monde. Mais en fin de compte, j’y ai eu beaucoup plus de bons moments qu’autre chose.

Y a-t-il quelque chose que tu peux dire aux plus jeunes qui souhaitent atteindre ce niveau et cet objectif ?
Tu sais, je pense que pour certains, la chose la plus difficile est d’être loin de chez soi. Beaucoup de gars ont du mal à faire un voyage pour surfer car ils veulent vite rentrer à la maison, revenir voir leurs amis et leur famille. Je pense que si tu veux réussir, tu dois aussi aimer être loin de chez toi. C’est le secret et c’est ce qui te fait devenir un homme plus dur. Cela ne pose plus de problème au bout de 6 mois. On revient un peu et on repart. C’est ce qui forge ton expérience et c’est le secret pour réussir. Et aussi bien sûr, il faut croire en ses rêves. Mais le principal sacrifice, je pense, c’est d’être loin de chez soi.

L’île de la Réunion a eu quelques problèmes avec les attaques de requins ces dernières années. Penses-tu qu’il sera possible d’y surfer à nouveau un jour ?
Ce qui se passe à la Réunion est un véritable cauchemar. C’est comme un film d’horreur. Ce qui est arrivé la-bas n’est arrivé nulle part ailleurs dans le monde. L’agressivité de ces attaques de requins ne ressemble à aucune autre. C’est vraiment très triste, j’ai perdu des amis très proches et c’est un sujet délicat. Mais tu sais, j’espère que nous trouverons bientôt un moyen de vivre ensemble et une bonne solution. Vivre sur une île et ne pas pouvoir aller dans l’océan est simplement impossible. C’est comme être en prison !

Surtout avec la qualité de surf qu’on trouve sur ces spots.
Exactement. Dans cet endroit, si tu ne peux pas aller à l’océan, alors pour certains, surtout la jeune génération, ils vont commencer à faire des trucs stupides dans la rue. Je veux dire que l’océan t’apprend à respecter l’environnement. La situation est humiliante car nous avons besoin de l’océan, c’est notre façon de vivre. Il y a beaucoup de problèmes politiques et malheureusement il y a aussi beaucoup de problèmes d’argent. Beaucoup de gens en tirent beaucoup de profit, à cause de la crise que nous avons à La Réunion et c’est très triste parce que nous avons perdu des enfants, des nageurs, des surfeurs et ils sont partis pour toujours. J’espère qu’on trouvera une solution très bientôt.

Il va y avoir du surf aux Jeux Olympiques de 2020. Tu penses que c’est quelque chose qui devait arriver ou ça ne t’as même jamais traversé l’esprit ?
Je sais pas mais c’était assez drôle de ne pas voir le surf aux JO alors que plein d’autres sports fun y étaient et maintenant ça parait fou. Voir du surf aux JO est un truc dingue mais en même temps, c’est complètement nouveau. Un nouvelle expérience. J’ai hâte de voir comment ça va se passer et surtout d’y surfer. Je pense que ce sera probablement mon dernier objectif dans ma carrière de surfeur alors j’espère que ça se produira vraiment dans deux ans. J’espère surtout que je serai en forme et que j’irai assez bien. Ce serait incroyable de gagner une médaille pour mon pays, ça n’a pas de prix.

Et à propos de ça, que penses-tu des vagues artificielles alors ? 
Les piscines à vagues, c’est cool mais c’est encore trop nouveau, cette nouvelle technologie doit encore s’améliorer. Pour le moment, c’est marrant mais on n’arrive pas au niveau des vagues de l’océan. Il y a du potentiel, c’est certain, et ce sera une bonne chose pour ceux qui n’ont pas la chance de vivre près de l’océan. Il y a tellement de gens passionnés par le surf qui ne peuvent surfer qu’une fois par an, alors t’imagines s’il y avait une piscine à vagues ici à Paris ou à New York ? Enfin, New York n’est pas si loin de l’océan mais partout dans les grandes villes. Je connais des gens qui donneraient beaucoup pour avoir l’occasion de prendre 3 vagues par semaine parce que c’est leur passion. Donc c’est une belle opportunité pour ceux qui n’ont pas eu la chance comme moi, de vivre près de l’océan. Et je pense que ça peut aussi être une bonne option quand il n’y a pas de vagues lors d’un événement. Parce que c’est l’océan et nous ne contrôlons pas toujours Mère Nature. Si on est sur une compétition avec des vagues de 1 pied seulement, l’option de la piscine à vagues est toujours meilleure que surfer des vagues médiocres. Il y a beaucoup à améliorer mais j’ai hâte de voir comment ça va se passer. Dans les prochaines années, il y aura des vagues parfaites et ça va être cool de voir ça.

Alors selon toi, quelle est la meilleure vague, celle de Kelly ou celle de Waco?
Je n’ai pas eu l’occasion d’essayer le nouveau parc de Waco donc je ne peux pas juger mais je te dirai si un jour j’y vais. En tout cas, la piscine de Kelly était plutôt cool à surfer.

Jeremy Flores

Un message pour les jeunes ? Surtout ici en France?
Même si vous n’êtes pas professionnel ou si vous ne voulez pas le devenir et que vous n’avez pas de talent, je pense que surfer est un excellent moyen de se rafraîchir. Une fois que vous êtes dans l’océan, peu importe le jour, mais si c’est une sale journée ou un mauvais moment de votre vie, je sais que quand vous pagayez et vous vous asseyez sur votre planche pour attraper quelques vagues, vous devenez une meilleure personne. Prendre des vagues est un excellent style de vie car ça vous apprend le respect. C’est le bon coté du surf ça. Bien sûr, il y a maintenant beaucoup de surfeurs dans le monde et le respect est un peu perdu, mais quand vous allez à l’océan, je vous jure que vous vous sentez mieux.

Ok dernière question – ton top 5 des surf spots dans le monde ?
Je dois absolument dire Teahupoo et Pipeline et aussi Saint-Leu à la Réunion et j’aime bien aussi Macaronis en Indonésie et West Point, Oz.(Australie).

Que des grosses vagues…
Yeah (rire)

Photos © WSL, ISA, FFSurf

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