175m en apnée sous la glace : l’interview d’Arthur Guérin-Boëri !

Interview d’Arthur Guérin-Boëri, qui nous parle de son record du monde, 175m en apnée sous la glace !

Arthur Guérin-Boëri, ce nom ne vous est pas inconnu si vous êtes un fidèle lecteur du Mag’ d’Adrenaline Hunter. Le 16 novembre dernier, nous avions ainsi mis en avant son fantastique record du monde réalisé en mars 2017 : 175m en apnée sous la glace d’un lac gelé, en Finlande. Une campagne KissKissBankBank est en effet en cours pour financer le documentaire qui revient sur cette incroyable performance, et les deux ans de préparation qui en ont découlés. Mais le Mag’ d’Adrenaline Hunter ne pouvait se contenter d’un seul article sur un tel sportif. Le quintuple champion du monde méritait bien une interview pour nous parler de sa passion de l’apnée… Une belle occasion d’en apprendre davantage sur cette pratique et sur Arthur Guérin-Boëri !

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– Arthur, qu’est ce qui vous a poussé vers l’apnée dynamique ?

Depuis tout gamin, j’adorais le monde sous-marin. J’y ai été sensibilisé pendant mes vacances en Corse ou encore à Nice, ma ville natale. J’ai aussi été très marqué par le Grand Bleu, que j’ai vu pour la première fois à l’âge de 10-12 ans. L’état d’esprit du film me correspondait parfaitement. Les images, la mer, la poésie, le silence, le bleu, l’évasion, la quête de bien-être, l’esprit de compétition, le dépassement de soi etc.
Plus tard, après mes études parisiennes d’ingénieur du son, je me suis remis sérieusement au sport, que j’avais laissé de côté quelques temps. Je me suis remis à nager. Après un an de natation, j’ai voulu me faire suivre par un coach. Et c’est en cherchant une structure sur le web que ma recherche a dévié vers l’apnée. Je me suis dit « est-ce que ça existe les clubs d’apnée ? » Je n’en avais aucune idée. J’ai donc tapé « club apnée Paris » sur Google et je me suis rendu compte qu’il y en avait des pages entières. Il n’y a plus une piscine municipale à Paris qui n’ait pas son club d’apnée. Je les ai contacté les uns après les autres. J’ai eu du mal à trouver un club qui m’accepte, car c’est un sport en pleine explosion et toutes les structures sont saturées. Le premier club qui m’a accueilli était Apnée Passion à Montreuil dans le 93. J’y suis allé pour un baptême, ça m’a plu, je me suis inscrit tout de suite. Ca a commencé comme ça. Tout simplement.

Arthur Guerin Boeri


– Quelles sensations ressent-on lorsque l’on pratique ce sport ?

Vaste question. L’apnée est un sport qui apporte beaucoup sur le plan physique, mais aussi sur le plan psychique.
En effet nous nageons lorsque nous pratiquons. On s’entretient donc physiquement. On travaille les quadriceps, la ceinture abdominale, les bras et les épaules. On apprend aussi à se servir de notre diaphragme et c’est là un point fondamental : lorsque l’on apprend l’apnée, on apprend à bien respirer. On apprend à optimiser l’utilisation de notre volume pulmonaire. D’autre part, la pratique de l’apnée a un fort impact sur l’équilibre psychique. Et cela pour deux
raisons.
Premièrement, de part le contexte. Nous sommes dans l’eau, au contact avec l’élément, en apesanteur, dans le silence. Le tout en bloquant sa ventilation. C’est une expérience assez étonnante. Et lorsque l’on pratique régulièrement, la détente que cela procure est clairement perceptible. A cela s’ajoute la glisse, le geste technique etc. Bref, un ensemble de facteurs contextuels qui mènent à une expérience sensitive unique et inhabituelle.
Deuxièmement, ça se passe au niveau physiologique. En effet la pratique de l’apnée est accompagnée des fameux « réflexes d’immersion » (« diving reflex » en anglais) : un ensemble de réactions physiologiques innées qui nous permettent d’aller loin, d’aller profond ou de tenir longtemps en apnée. Ces réflexes d’immersion sont communs aux hommes et à tous les mammifères marins. C’est inscrit dans notre patrimoine génétique et c’est inné. Nous sommes donc programmés pour faire de l’apnée. Parmi les réflexes d’immersion, nous pouvons retenir les suivants qui sont les plus importants : la bradycardie subaquatique, la vasoconstriction périphérique, la prédominance d’ondes Alphas au niveau cérébral (ondes du plaisir), la compression de la rate, le « bloodshift » (retour sanguin au niveau de la paroi alvéolaire des poumons, plus spécifique à la pratique de l’apnée en profondeur).

Arthur Guerin Boeri

Cet ensemble de réflexes, et notamment la bradycardie, a tendance à augmenter le relâchement de l’apnéiste. L’apnée est donc un sport où il est nécessaire d’être relâché pour pratiquer, mais c’est la pratique en elle-même qui va en grande partie apporter le relâchement à l’apnéiste. Il est donc clair que les facteurs contextuels combinés aux réflexes d’immersion provoquent, dans le cadre d’une pratique régulière, une amélioration de l’équilibre psychique du pratiquant. Et j’en ai été le premier surpris. L’apnée m’a apporté beaucoup en terme de gestion du stress, de confiance en moi, d’amélioration de la qualité du sommeil etc.

Quoi qu’il arrive, après une séance d’apnée, que ce soit en mer ou en piscine, on se sent super bien.
Et quand on pratique régulièrement, ça apporte beaucoup en terme d’équilibre physico-psychique. L’apnée est aujourd’hui une réelle alternative à des pratiques « bien-être » comme le yoga, le Tai Chi ou la respiration consciente et de plus en plus d’adhérents viennent nous voir et s’inscrivent en ce sens, désireux d’essayer quelque chose de nouveau qui tranchera un peu avec les clichés habituels des pratiques « bien-être » connues de tous.

 

– De quelles qualités faut-il disposer pour être un bon apnéiste ?

L’apnée est un sport accessible à tous et il n’y a pas de prédispositions particulières si ce n’est de savoir nager pour pouvoir pratiquer et se faire plaisir. Nous avons de tout dans les clubs. Des petits, des gros, des fumeurs, des gens qui n’ont jamais fait de sport, des vieux. Des hommes et des femmes de toutes les catégories socio-professionnelles.
Je parle ici d’apnée dite « loisir », ou d’apnée « plaisir » comme on l’appelle aussi.
En ce qui concerne le haut niveau, l’apnée dite « de compétition », il existe en effets certaines aptitudes qui feront d’un homme ou d’une femme un apnéiste ayant des facilités avec la discipline.
Notamment l’intensité des réflexes d’immersion (inégale selon les individus), le volume pulmonaire, la capacité à se mouvoir dans l’eau (les bons nageurs sont avantagés), la capacité à se relâcher, la capacité à se dépasser mentalement etc.

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– Vous êtes le détenteur de plusieurs records, dont celui de la plus longue distance en apnée (300m). Quelles images gardez-vous de cet exploit ?

Les 50 derniers mètres ! Pour moi c’est le meilleur moment de la performance sur des distances extrêmement longues comme celle ci. Il ne reste plus beaucoup à parcourir, le plus dur est fait. Mentalement la grosse difficulté, c’est en réalité entre 100m et 200m. Après, ça diminue. Les 50 derniers mètres de ce 300m, j’étais déjà presque dans le plaisir de la réussite ! Je savais que j’étais clair et en pleine capacité. Je me sentais capable d’aller toucher le mur à 300m. J’étais déjà presque sûr que c’était gagné. Il suffisait de se laisser glisser sur ces 50m et c’était bon.
La célébration après la perf aussi. C’est toujours des supers moments partagés avec les membres de l’Equipe de France.

Arthur Guerin Boeri

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– En mars 2017, vous avez cette fois battu le record du monde de la plus longue distance en apnée sous la glace. Qu’est ce qui vous a donné envie de relever le défi ?

J’avais envie d’essayer quelque chose de nouveau. De me diversifier dans ma pratique. De voir un peu autre chose que les carreaux qui défilent. En attendant de pouvoir un jour, je l’espère, faire mes preuves en mer en profondeur, j’ai relevé ce pari de battre un record du Monde d’apnée sous glace.
Nous l’avons doublement homologué. Par la CMAS d’une part (la Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques) mais aussi par le célèbre GUINNESS Book des Records.

 

– Alors, comment se sent-on dans une eau à 0°, dans un lac gelé de Finlande ? Tout se joue au mental ?

En effet. Sous 50cm de glace dans une eau à 0°C, c’est très mental. Les fameux réflexes d’immersion sont très forts dans une eau à cette température. Et si cela est bénéfique car le corps se protège donc très bien, c’est en revanche assez inconfortable, car la vasoconstriction est tellement forte et tellement profonde que très vite les muscles des jambes sont paralysés. L’envie de respirer arrive aussi très vite en eau froide. 30-40m versus 70-100m en bassin. La force mentale est alors primordiale.
Je portais une combinaison de 5mm d’épaisseur, des gants et des chaussons, mais malgré cela le froid est saisissant.

Arthur Guérin-Boëri en apnée sous la glace (Crédit Alex Voyer)


– Quelle type de préparation physique et mentale aviez-vous d’ailleurs suivi avant ce record ?

Aucune !
Je n’ai pu réaliser qu’un essai dans un lac gelé en Savoie avec l’aide de la Fédération Française d’Etude et de Sport Sous-Marin et de bénévoles sur-motivés par notre projet, notamment Olivia Fricker, à l’époque présidente de la Commission Nationale Apnée à la FFESSM.
Sur place en Finlande, mon matériel ayant été perdu par la compagnie aérienne Finnair, je n’ai pu réaliser un test grandeur nature que la veille de la tentative avec du matériel de prêt. Notamment une monopalme que m’a fait parvenir de Russie mon camarade Alexey Molchanov. C’est à l’occasion de ce test grandeur nature que j’ai réalisé la difficulté de ce qui m’attendait le lendemain… Ca a donc été une belle improvisation.

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– Que retenez-vous de cette performance sous la glace ?

L’environnement sous la glace. Magnifique. Lunaire. Le lac, au milieu des forêt préservées finlandaises. Le froid, évidemment. Mais aussi l’accomplissement d’un projet préparé de longue date avec toute une équipe, et notamment le réalisateur Sébastien Moreau, les producteurs Nicolas Méliand et Olivier Domerc et leur assistant Nathan Chevrin, les cadreurs sous-marin Pascale et François Cêtre, le photographe Alex Voyer, et notre coordinateur local, Antero Joki. Je retiendrais aussi que l’apnée en eau froide est radicalement différente de la pratique en eau tempérée.

Arthur Guérin-Boëri en apnée sous la glace (Crédit Alex Voyer)

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-Vous finalisez actuellement un documentaire sur ce record du monde, et avez lancé une campagne KissKissBankBank pour financer la post-production du film. Pouvez-vous nous en parler ?

En réalité, le documentaire dont le titre est « Aquae Rex » ne traite pas uniquement de ce record du Monde d’apnée sous glace. C’est un film de 60min environ qui revient dans les détails sur ces deux dernières années de préparation. Pour accomplir mes deux derniers records du Monde. Le 300m en bassin, et aussi en effet le 175m sous glace.
L’aventure a commencé il y a donc deux ans. Je suis retombé complètement par hasard, dans un bistro parisien, sur mon ancien camarade de classe Sébastien Moreau. Devenu depuis réalisateur, après une carrière de musicien. Il a tout de suite voulu venir me voir à l’entraînement et a vite compris le potentiel artistique de la prise de vue sous marine avec des sujets apnéistes. Il a exposé le projet à Nicolas Méliand, producteur chez QUAD/FIGHTING FISH Production, qui a décidé de lancer le projet.

Depuis, toute une équipe s’active donc quotidiennement à la réalisation d’ « Aquae Rex ». Nous avons des centaines d’heures de rush, tournées en mer, en piscine, sur terre, dans plus de 3 pays.
Le projet, destiné à une diffusion cinémas, puis VOD et enfin TV, en est au stade du montage. Ce projet étant le premier, projet qui devrait nous servir de tremplin pour toute une série de documentaires à travers le monde mettant en avant l’apnée et des endroits ou des rencontres insolites, nous sommes en budget réduit.
Pour nous aider à la finalisation (montage, étalonnage, mixage etc.), nous avons monté une campagne avec KissKissBankBank, qui était très enthousiaste à propos du projet.

L’apnée est un sport en pleine explosion au niveau du nombre de licenciés. Les clubs en France se multiplient. Les demandes d’adhésions ne cessent d’affluer et les structures sont saturées. C’est un sport qui fait rêver et intrigue tout les français. Le potentiel en terme de communication et d’audience est énorme.

A l’heure où j’écris ces lignes, nous avons récolté environ 40% de la somme totale (soit 8000€ sur un objectif de 20.000€) et nous avons plus que jamais besoin que les gens continuent à se mobiliser.
Les possibilités de dons, allant de 10€ à 1 500€, donnent tous droit à des contreparties sous la forme de goodies des plus attrayants. Du téléchargement gratuit du film sur une plate-forme de VOD au stage d’apnée personnalisé de 3 jours avec moi en bassin, en passant par l’affiche du film dédicacée, mon bouquin « Le Bien-Être Sous l’Eau » dédicacé, ou encore des tirages du célèbre photographe sous marin Alex Voyer encadrés signés numérotés de notre aventure Finlandaise.
J’invite tous les lecteurs à se rendre sur la page du crowdfunding du projet pour avoir toutes les infos nécessaires et des vidéos de présentation du projet : www.kisskissbankbank.com/aquae-rex
Il y a aussi une page Facebook du projet :
www.facebook.com/Aquae-Rex-Docu-Arthur-Guérin-Boëri-2038864686345151/ 

Arthur Guérin-Boëri

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– Quels sont vos prochains objectifs ?

Au plus haut niveau depuis 2013, je compte la saison prochaine m’orienter vers le développement de projets documentaires. « Aquae Rex » marquera, je l’espère,  le début d’une longue série.
Aussi, je compte m’entraîner de plus en plus en profondeur. En effet, ma spécialité est l’apnée dynamique à l’horizontale. J’aimerais dorénavant progresser en mer en profondeur. Je travaille actuellement dans la zone des -60m-70m. C’est un entraînement radicalement différent, qui demande une longue adaptation à la compression, beaucoup de travail d’assouplissements et une préparation physique spécifique. Le travail n’est ni plus dur ni plus facile qu’en piscine. C’est juste différent.
Apnéiste professionnel, je compte aussi continuer de communiquer sur les bienfaits de l’apnée, et de sensibiliser la plus de monde possible à cette pratique. Via du coaching en club par exemple.
En parallèle, je continuerai d’étendre mon réseau de partenaires. Et je reste d’ailleurs ouvert à toutes les propositions.
Pour cela, je reste joignable via ma page Facebook athlète :
www.facebook.com/ArthurGuerinBoeriOfficiel/
Il est aussi possible de me suivre sur Instagram :
www.instagram.com/arthurguerinboeri_official/?hl=fr

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Arthur Guérin-Boëri

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